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Les poèmes de Giordano Eturo et de Gérard Bloufiche

Tarec l'explorateur (fantaisie anti-UE)

Publié le 11 Juillet 2016 par G. Eturo in Poèmes

 

Le cyber-intendant de l’Origa-Thesus, la grande assemblée fédérale, annonce Tarec MISDOM, « citoyen vénérable de la République d’Iso Stark, de retour d’EXOPLAN 21 ».

 

L’Assemblée (Vice-président Tarpulian)

 

Par les géantes rouges divinement conjuguées…
Quelle joie de te revoir sous nos cieux étoilés,
Valeureux voyageur !

 

Toi qui as parcouru le monde des Humains
Sur la sphère 21 qu’ils appellent la Terre ;
Qui de tes yeux as vu leurs cités et leurs champs,
Leurs étranges manières ;

 

T’es-tu aventuré dans l’antique province,
Où l’on jouit d’une union sans puissance et sans prince ?

 

Tarec l’explorateur

 

A l’Europe , j’imagine, vous faites allusion
Et vos yeux s’illuminent à son évocation.
Il est vrai que jadis en ces terres fertiles
La grandeur et la gloire avaient leur domicile.

 

De grands et bons esprits cultivèrent la raison
Et crurent au progrès plutôt qu’aux religions.
On y vit prospérer le progrès mécanique
Et germer comme jamais l’idée démocratique.

 

Abritant par milliers artistes et savants,
Déployant sur le globe des ailes de géant,
L’Europe se rendit en deux siècles seulement
Maîtresse de la Terre et de ses océans.

 

Il vous faut percevoir des nations dissemblables
Mais dont l’une sans l’autre vous serait inconcevable
Tant s’imposent au regard, comme un fait indéniable
Les dépôts culturels transversaux sous le sable
Des rancunes mémorables, des combats formidables.

 

Arrogantes et hostiles tout autant que géniales
Surprenantes, souveraines, toutes ensembles sorties
De la Grèce et de Rome, d’une foi structurale,
Des assauts implacables d’ennemis redoutables.

 

Comme d’augustes étoiles dans le vide sidéral
Qui, chacune, scintillerait d’une couleur spectrale
- Ainsi, chaque nation a son propre langage -
Mais donneraient à voir un sublime assemblage…

 

L’Assemblée (citoyen vénérable Bartokil)

 

Ces nations dont tu parles, aux multiples exploits,
Est-il bien véritable qu’elles occupent par surcroît
Un petit coin de monde dérisoire et étroit ?

 

Tarec l’explorateur

 

« Petit cap de l’Asie », l’Europe, a priori,
N’était pas destinée dans sa géographie
A soumettre le monde, impuissant, ébahi.

 

L’Assemblée (citoyen vénérable Tarpezias)

 

Que l’Europe s’unisse comme elle l’est, je crois,
A partir de nations orgueilleuses, belliqueuses,
Voilà qui selon moi relève de l’exploit
Ou de quelque origine encore mystérieuse.

 

Car Jeandart avant toi répétait à l’envi
Que ce cap de l’Asie formait une seule patrie
Evoluant dans la paix et la démocratie.

 

Tarec l’explorateur

 

Une seule patrie… C’est une vue de l’esprit !
Quelques hommes à vrai dire eussent relevé l’exploit
Si le désir d’union ne fût pas cantonné
Au monde des idées, aux utopies mort-nées
Et si l’impérialisme n’eût pas valeur de loi.

 

Citoyen Tarpezias,
Je vais à présent poursuivre mon récit
Et lever le mystère qui agite ton esprit.

 

L’Assemblée (Vice-président Tarpulian)

 

Tarec,
Nous goûtons tes paroles avec gourmandise
D’autant que, semble-t-il, elles révèlent des surprises.
L’attention de chacun à tes mots est acquise.

 

Tarec l’explorateur

 

Vous auriez peine à croire, je le crains mes amis,
Qu’un torrent de lumière pût annoncer la nuit.
Tout s’acheva pourtant dans le fracas inouï
De nations composant une atroce tragédie.

 

Jamais autant de sang ne coula sur la Terre
En une frénésie de chocs identitaires,
Par deux guerres mondiales diablement meurtrières.

 

Dans le tumulte odieux d’un temps crépusculaire,
L’on vit se propager le sinistre calvaire
De passions doctrinaires et d’idéaux vulgaires ;
S’embraser les pulsions
D’un feu totalitaire,
De ce mal ordinaire qui toujours persévère
Sous le pâle vernis d’une décence précaire.

 

Dans l’odeur suffocante et les ruines fumantes
Des cités saccagées par les orages d’acier,
Les forces de la vie et de la liberté
Triomphèrent pour partie des hordes infâmantes.

 

Le continent ruiné et déconsidéré
Perdit sa souveraineté en moins de six années
Et n’eut plus d’autre choix que celui d’intégrer
Le pâle pré-carré de géants surarmés.

 

L’assemblée (citoyen vénérable Tarpezias)

 

Ainsi donc, c’est une guerre,
Abyssale et totale,
Qui permit à l’Union décrite par Jeandart
De prendre avec élan son essor initial
Et devenir l’objet d’un commun étendard.

 

Tarec l’explorateur

 

Tu vois juste, Tarpezias, on ne saurait mieux dire.
L’infamie et la guerre sont les deux souvenirs
Matriciels et pesants, obsédants et amers
D’où jaillit pour longtemps un terne imaginaire.

 

L’assemblée (citoyen Bartokil)

 

Un terne imaginaire ? J’ai peine à croire, vois-tu,
Qu’il faille ainsi parler de la paix revenue.
J’ajoute que Jeandart en son temps évoquait
Un renouveau prospère, un système bien conçu.

 

Tarec l’explorateur

 

L’Union à ses débuts sans nul doute concourut
Au prodigieux printemps matériel et moral
De ce coin de la Terre que l’on croyait perdu
Dans le soir d’une éclipse douloureuse et fatale.

 

Quand Jeandart le grand maître découvrit cette planète,
L’Europe assurément apparaissait féconde
Pour elle-même d’abord après tant de tempêtes
Mais aussi pour un monde aux pulsions furibondes.

 

Mes chers concitoyens de la noble Iso Stark,
La vérité m’oblige à vous dire, à regret,
Que l’Europe que j’ai vue n’a plus rien d’un succès
Et qu’elle ne vaut pas plus un atome qu’un quark.

 

L’Union est ainsi faite qu’elle marche sur la tête
Et prend jour après jour une tournure malhonnête.
Dépouillant les Etats de leur autorité,
Elle les amollit au point de menacer
Leur crédibilité et leur identité.

 

L’assemblée (citoyen vénérable Tarpezias)

 

Ce que tu nous décris n’est-il pas bien normal
Pour des peuples engagés sur la voie fédérale ?

 

Tarec l’explorateur

 

C’était, je le concède, mon sentiment premier.
Je croyais fermement cette Europe arrimée
A sa marche décidée vers l’ultime unité
Que l’Histoire annonçait comme sa destinée.

 

Croyez-moi chers amis si je vous dis ici
Que l’Union en quinze ans s’est sans cesse agrandie
Et qu’ayant émoussé sa pauvre consistance,
Manifeste en retour une stupide arrogance.
Jugez plutôt…
Elle dispose d’une monnaie mais non point d’un budget,
D’une défense commune sans armée en projet ;
Tient ses peuples en respect lorsqu’ils sortent le mousquet
Et les traite constamment comme d’abjects suspects.
(Signes visibles de consternation parmi l’Origa-Thesus)

 

Ces nations admirables autrefois gouvernées,
Libres de décider quels chemins emprunter,
Ne sont plus qu’un maillon d’une sotte « gouvernance »,
Formule qu’utilisent leurs élites à outrance.

 

Les instances de L’Union comme celles des Etats
Sont peuplées de botoks (i.e. des fous) qui, croyez-moi ou pas,
Règlent tous les problèmes à l’aune d’un credo
Qui veut que le marché se régule en solo
Et soit pour toutes choses l’unique météo.
(Rires dans l’assistance)

 

L’économie est reine, parce qu’ils la croient Science,
(À voix basse, dans l’assemblée : « insensé ! »)
Parce que la démesure est leur seule appétence
Et le renoncement leur plus grande compétence.

 

Leur idéologie est d’une telle indigence
Qu’on les voit convoquer une « main invisible »,
Pour justifier partout leurs réflexes nuisibles.

 

L’Assemblée (Vice-président Tarpulian)

 

Aurais-tu oublié les termes du Serment ?
Tu ne dois mépriser en aucune façon
Les peuples du cosmos, quels que soient leurs errements !
 
 
(En direction des citoyens rassemblés)
Et vous autres assis,
De la modération !
Vos rires étouffés sont signe d’abaissement
Et sont une violation de tous nos règlements.

 

Tarec l’explorateur

 

Pardonnez, Président, ce sommaire jugement.
Je ne puis mépriser, vous comprendrez sûrement,
Ceux que j’ai côtoyés plus de quatre ans durant.
Je les aime à vrai dire bien trop passionnément.

 

Devant tant de gâchis, je ne puis simplement
Rester calme en dedans, stoïque, indifférent.
Les Etats sont exsangues, l’argent manque partout…
Et leur monnaie commune qu’ils appellent l’Euro,
Loin de se révéler un formidable atout,
Vient amplifier la liste d’un coupable fiasco.

 

Sur le plan extérieur, le ridicule culmine.
Ce sont des incapables qui s’estiment importants,
Que les puissances d’argent tous les jours embobinent
En simples auxiliaires d’un empire chancelant.
(A voix basse, dans l’assemblée : « cette Union n’est qu’une ploutocratie »,
« Jeandart-Parkassius se retournerait dans sa tombe si… »)

 

Ils sont lâches à ce point qu’ils n’osent assumer
Ensemble et hardiment leur propre sécurité.
J’ai vu tous les Etats dégrossir leurs armées
Certains que le grand frère irait les protéger.

 

L’Union en vérité rassemble des laquais
Heureux de patauger dans une mare au rabais.
(Rires redoublés dans l’enceinte de l’Origa-Thesus)

 

L’Assemblée (Président Tarpulian)

 

Silence ! J’ai dit… silence !
(Le calme revient dans l’enceinte de l’Origa-Thesus)

 

Tarec l’explorateur

 

Cette Union, chers amis, n’a pour elle que la paix
Et ce n’est pas, c’est vrai, un trop mince progrès.
Lors de chaque élection elle est mise au buffet
Pour masquer gauchement toute absence de projet.

 

Cette union pacifique, je vous prie de me croire,
Se prépare bientôt à d’orageux déboires.
Elle assassine le jour le rêve démocratique
Pour engraisser la nuit l’ogre ploutocratique.

 

L’assemblée (citoyen vénérable Bartokil)

 

Il est triste de voir que l’effondrement guette.
Crois-tu encore possible qu’ils relèvent la tête ?
Que le sursaut survienne et remette sur les rails
Cette croulante Union sans âme ni gouvernail ?

 

Tarec l’explorateur

 

La confédération ou la fédération,
Voilà qui déjouerait la désagrégation.
Mais les deux hypothèses supposent une liberté
Que trente ans de marché ont comme annihilée.

 

J’ajoute que l’Europe s’avère prisonnière
De son passé récent, de sa furie guerrière.
Le refus d’être soi s’est mué en réflexe
A un point, chers amis, qui me laisse perplexe.

 

De sorte que l’Europe n’a pas de patriotes
Et qu’à cette incurie il manque l’antidote.

 

Juste avant mon départ les médias révélèrent
Que l’Union toute entière était mise sous écoute
Par l’Imperium US que leur monde redoute.
Les Etats protestèrent, simulant la colère.
En fait les réactions ne furent pas émeutières.

 

Quant aux peuples d’Europe, sans gloire ils se défilent ;
A l’aune du passé ils paraissent bien dociles.
Maintes fois leurs élites ont violé leurs suffrages,
Sa flattant lourdement d’éviter le naufrage.
Comme des loutres fiévreuses ils restèrent immobiles…
(Silence.
Consternation générale dans l’Assemblée)

 

Souvenez-vous,
Iso Stark a connu dans un passé lointain
A quoi mènent toujours ces régimes formels
Qui du peuple se réclament mais n’ont de substantiels
Que cette morgue insolente qui présage la fin.

 

Sans un retour aux sources, sans la démocratie,
L’Europe passera dans de nombreux pays
Sous les fourches caudines de régimes droitiers
Qui n’auront comme programme que la sécurité,
L’affirmation grossière des identités.

 

L’Assemblée (Vice-président Tarpulian)

 

C’est un sombre récit que tu viens de livrer
A l’Origa-Thesus ce matin rassemblée.
Depuis le grand voyage de ton maître Jeandart,

 

Nous nous attendions tous à un autre pulsar.
Dans dix ans, jeune Tarec, tu y retourneras
Pour voir si se prolonge ce cuisant désarroi.

 

En attendant l’ami, parle-nous de la Chine.
Applique-t-elle toujours cette étrange doctrine ?
S’est-elle régénérée plus qu’on ne l’imagine ?
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