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Les poèmes de Giordano Eturo et de Gérard Bloufiche

Six mois

Publié le 11 Juillet 2016 par G. Eturo in Poèmes

 

15 janvier

 

Encore une journée dans ce job à la con
Dont ils croient que je tire une grande motivation !
Se figurent-ils (ah les boeufs !) que je gagne mon salaire
En déployant (morbleu !) je ne sais quel savoir-faire ?

 

Ah… Quelle infortune !
Chef de pub survolté d’un monstre sans patrie,
Secrétaire d’un ordi et d’un beau blackberry,
Insomniaque, endurci,
Voici, pauvre de moi, tout ce que je suis !

 

De ce monde racorni devenu trop complexe,
On exige de moi qu’il se meuve sans complexe !

 

Ce vortex boulimique aux effluves écoeurantes,
Telle une cuve toxique aux vapeurs abondantes,
Sans répit ni merci me piège et m’empoisonne
Au milieu d’un cortège dont les âmes tourbillonnent.

 

Ah… Quelle détresse !
La vitesse me compresse et les courriels m’agressent.
Les créatifs digressent, les annonceurs me pressent,
Tandis que tous les jours comme les flics aux fesses,
Ces maudits objectifs me tiennent rudement en laisse.

 

Le salariat m’abaisse,
La réussite m’oppresse.
Non, vraiment, le travail n’est pas liesse.

 

5 février

 

Mon professeur de squash voulut voir mon Qashqai
Au point qu’il s’arrêta sur les moindres détails,
Me procurant par là un plaisir de marmaille.

 

Plus tôt dans la journée j’appris sans grand émoi
Que l’agence, bientôt, dépendrait des Chinois
Et qu’elle se préparait à perdre un peu de poids.

 

6 mars

 

Jour de grève
Les pauvres malheureux qui déjà se préparent
A rugir de colère au milieu des boulevards
Sont un peu comme l’Espoir brandissant l’étendard
En plein coeur du néant, au milieu de nulle part.

 

La République française, République naufragée,
N’a cure de leur sort et méprise leurs manières.
La bannière rouge sang n’est qu’une vacancière,
L’espérance tricolore une chimère fanée.

 

L’argent est la seule loi qui triomphe de tout,
Et d’abord de ces foules
Impuissantes,
A genoux.
J’imagine sans mal la douleur abyssale
Qui les fera voter pour le Front National.

 

15 avril

 

La rumeur se répand comme une tumeur maligne :
Les cadres en première ligne ! Telle serait la consigne.
Je me ronge les sangs.

 

Sur l’avenue d’en bas, à deux pas de chez moi,
Une meute aux seins nus vante le Clitoris.
Le tintamarre est tel que je monte sur le toit
Et bazarde sèchement mon assiette de saucisses.

 

26 avril

 

Se peut-il seulement que ces trublions d’Asie
M’éjectent violemment du vortex maudit ?
Le monstre me tourmente, qu’il m’aime ou qu’il me fuie.

 

Natasha tu me manques, pourquoi es-tu partie ?
Pourquoi un jour, toujours, l’amour s’évanouit ?

 

29 avril

 

Louis XVI – François Hollande – était à Capital.
Le chef à peau de léopard n’a rien dit de capital.
Je lui suggère Turbo qui me semble idéal
Pour paraître plus encore un Président normal.

 

16 mai

 

Chez moi
Une journée de congé, devant un riz pilaf.
Une note de service, six ou sept paragraphes,
La lucarne qui luit et le son qui jaillit
Le JT qui dégueule tous les drames du lundi.

 

Un type à peine entré dans le hall d’une Caf,
Dans la résolution d’un puissant désespoir,
Hurla deux ou trois mots, braqua net sa mâchoire
Et dans un éclair noir, se flingua la carafe.

 

Le beau gosse du JT demeure imperturbable
Il garde le sourire et le ton impeccable.
Après la météo il y aura le loto,
Les Experts Miami et puis Julie Lescaut.

 

25 mai

 

Maudite journée !
Le monstre a bonne mine et se porte à merveille.
Il marche à plein régime et fabrique de l’oseille.
Mais ce n’est pas assez et ces faces de citron,
Comme leurs homologues de toutes les nations,
Prescrivent un traitement à base de privations
Et jouissent à l’idée de gagner des millions.

 

Le PDG sinistre, fraîchement arrivé,
A tenu ce langage à moi si familier
Par lequel une violence aux contours policés
Pulvérise les Hommes d’une âcre nécessité.

 

« Si l’argent coule à flot il reste impératif
De continuer la course, d’être compétitif ».
Il faut de temps en temps un bon dépuratif :
Et je suis avec d’autres le remède purgatif.

 

6 juin

 

J’ai tant rêvé de toi, Natasha.
Tu dansais follement sur moi
En une fiévreuse ballade.
Mon coeur battait la chamade !

 

Cruel sommeil,
Apre réveil :
Paradis démoli,
Symphonie évanouie.

 

14 juin

 

Reine incontestable du peuple des connasses,
Ma chef insupportable de son fiel me pourchasse.
Tu portes la chemisette, tu n’en fais qu’à ta tête !
C’est ringard comme tout, et tu ne tiens pas debout…

 

Camélia ! Le boulot te rend laide et lourdingue.
De tous les chefs de groupe tu es, et de très loin,
Celui que l’on conchie, celui qui nous rend dingue.

 

Ah…
Si j’avais un uzi … oui, si j’avais un flingue…
Mais la charrette est grande et plus gourmande encore :
Bientôt tu séviras dans d’autres corridors.

 

22 juin

 

Tel un garrot l’angoisse
Étrangle mon âme
De sa prégnance infâme.
Sensation de vomir sans vomir,
Impression de mourir sans mourir.

 

25 juin

 

La télé, du pop corn.
Soirée vaine, et si morne.

 

27 juin

 

Par la magie du clic les images défilent
Et me clouent sur le siège, envoûté et docile.
Des corps nus malmenés et compartimentés
Soulagent mon désir sans soupir ni baiser.

 

Le porno est la muse des hommes négligés
Qui charrie le chagrin que jamais n’a causé
La dernière des putains sur la dernière allée.

 

Natasha je vivais lorsque tu me suçais,
Quand ton regard troublé dans mon regard plongeait.
Rien n’est jamais plus beau qu’une femme amoureuse,
Rien n’est plus exaltant qu’une aimée allumeuse.

 

28 juin

 

Natasha, combien je t’aime encore !
Le monstre aux dents d’acier peut bien me licencier ;
Le bonheur a l’odeur et la sueur de ton corps,
L’éclat bleu de tes yeux comme une mer en été.

 

29 juin

 

Natasha, l'Amour n'est pas mort.
La froide nécessité peut me neutraliser
Et le divin Marché décider de mon sort,
Ta beauté est la clé de l’immense voie lactée,
Le prodige du monde, le phare de tous les ports !

 

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