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Les poèmes de Giordano Eturo et de Gérard Bloufiche

Mort d'un village

Publié le 27 Juillet 2016 par G. Bloufiche in Poèmes

 

Ils ont pavé ma rue, ma belle rue bitumée,
Ils l’ont décorée, fleurie et puis ils ont changé
Le mobilier urbain qui faisait trop récent
Pour des lampadaires neufs style 1900.

 

Ils ont même construit une fontaine qui a l’air si vieille
Que personne ne croirait qu’elle date de la veille.

 

A l’inauguration des travaux d’embellissement de ma rue
Le maire et son conseil municipal ont eu
Une vision fort sage sur le destin du village :
Le faire passer prestement de 3 à 30 000 habitants.

 

« Devenir vite une zone touristique
D’affluence exceptionnelle, de permanente animation
culturelle ! »

 

Ils ont réhabilité ma rue et les autres rues après
Le village a mû… s’est muséifié
Mais réhabilitation égale « réhabitation »
Par des gens fortunés car au prix du mètre carré
Ce n’est pas des gens qui travaillent dans le coin mais des
gens qui vivent loin
Qui peuvent tout acheter : le bon grain comme l’ivraie.

 

Le député-maire à l’inauguration
A eu une nouvelle vision :
Il voyait des festivals, un terrain de polo municipal
Il voyait un nouveau prix au concours des villes fleuries.

 

Ce qu’il ne voyait plus, c’était des gens du cru
Car partis ou disparus, il n’y en avait plus.

 

Aujourd’hui, je parcours ma rue pour la dernière fois
A quoi bon en ce jour rester là ?

 

Je passe devant les antiquaires et les galeries d’art
Un salon de thé a ouvert à la place du bar.
Je repense au bonheur plein d’onirisme
Promis par le Maire (devenu sous-secrétaire d’Etat au
tourisme).

 

J’irais sans doute assister à l’ouverture de son procès
Un procès pour corruption me changera des inaugurations.
Deux années d’inéligibilité pour avoir tué un village
C’est le passage obligé pour l’ambitieux élu local
Qui transforme son village en village de vacances
Qui confond intérêt général et son compte dans un paradis
fiscal.

 

Alors je suis parti pour un autre village
Puis lui-même est mort de cet affreux outrage
Puis une autre ville et la même infamie
Partout du Sud au Nord la terrible épidémie

 

Alors je suis parti pour un autre village
Alors je suis parti pour un autre village (ad libitum)

 

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