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Les poèmes de Giordano Eturo et de Gérard Bloufiche

Le temps du football

Publié le 11 Juillet 2016 par G. Bloufiche in Poèmes

 

Les terrains vagues où l’on jouait naguère
Nous narguent maintenant du haut de leurs zones
immobilières.

 

Mes souvenirs de foot valent bien peu de choses
Les gens s’en foutent pas mal, il faut bien qu’ils se logent.

 

Les ouvriers ont arraché le premier jour des travaux
Les deux grands platanes qui nous servaient de poteaux.
Pendant que la grue ombrageait notre si beau désert
Ils ont remué la poussière de mon passé de footballeur.

 

Car les terrains disparaissent, le football lui reste.

 

Ils ont aplani le terrain bosselé et pentu
Nivelé la flaque d’eau devant la ligne de but ;
Je me souviens encore du ballon ralenti par la boue
Sur lequel nous nous jetions comme des fous.

 

Le ballon gît sous la haie du jardin,
Doucement, il s’enfonce comme un souvenir s’éteint.

 

Mais les ballons disparaissent, le football lui reste.
Le football lui ne m’a jamais déçu
Nulle autre chose au monde n’a eu sa constance absolue.

 

A l’époque, on n’avait pas peur de se tacler dans le dos
A l’époque, on n’avait pas peur du vilain geste, du mot de
trop.

 

Nous préférions au fair-play les tacles assassins
Naguère nous imaginions évoluer en D1
Nous imitions nos idoles en rajoutant les commentaires
Naguère, nous ne nous pâmions pas devant des stars prépubères.

 

Mais les enfants disparaissent, le football lui reste.

 

La présence rassurante du football, ses communions
immédiates
Je garde en moi ce temps comme un souvenir intact.
Ami était lors synonyme d’équipier, je me souviens du poste
où chacun évoluait…

 

Enfin le mot évolution confine à l’hyperbole
Quand je vois ce qu’est devenue mon équipe de football.
Par politesse pour le passé, on se revoit parfois pour jouer
Mais sur le terrain stabilisé, les corps sont lourds et les coeurs
usés.

 

Car les amis disparaissent, le football lui reste
Le football lui ne m’a jamais déçu
Nulle autre chose au monde n’a eu sa constance absolue.

 

Football égale fidélité et notre enfance a décidé :
Nous n’aurons qu’une équipe, tant pis si elle perd pied.

 

L’amour perdu annonce de nouvelles conquêtes
L’amour d’un club survit défaite après défaite.

 

Peux-tu en dire autant ma chère ?
Seras-tu aussi fidèle qu’un car de supporters ?

 

Car les amours disparaissent, le football lui reste.

 

Tous ces souvenirs, toute cette poussière de football
Range ce sport du côté de la parabole.

 

Comme dans l’Ancien Testament, l’arbitre est un Dieu
farouche
A l’injustice sans limite malgré l’arbitre de touche
La vie est un match sans arbitrage vidéo. 
Les mauvais coups sont permis si on ne les voit pas trop.

 

Au bout de quelques saisons s’achève ma carrière
Commencée plein d’allant et me voilà par terre.

 

Mais il faut que je me redresse car le foot lui reste
Le football lui ne m’a jamais déçu
Nulle autre chose au monde n’a eu sa constance absolue.

 

Mais peu importe que le football reste
Le plus important c’était le reste
Les amis sur le terrain, l’amour après l’enfance
Peut-être ai-je atteint l’âge de m’inscrire à un cours…
De danse.

 

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